Primitivismes II. Une guerre moderne

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Primitivismes, une invention moderne cherchait à montrer comment et pourquoi l’Europe, à la fin du XIXe siècle, fait du primitif une idée essentielle : au temps de l’expansion coloniale et de la naissance de l’anthropologie, ce primitif s’incarne dans les "sauvages", les fous, les préhistoriques et les enfants. Primitivismes II, une guerre moderne continue l’étude des fondements et des usages de la notion jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Trois thèmes s’y tressent.
Les arts d’Afrique, d’abord : ceux-ci, après avoir brièvement participé à l’histoire des avant-gardes avec Apollinaire et Picasso, sont captés dans l’entre-deux-guerres par la mode nègre qui se développe en accord avec le discours colonialiste et raciste. Elle les réduit à l’état d’objets décoratifs, sinon publicitaires. Le refus de cette appropriation, ensuite : par ses écrits, ses revues et ses actes, le surréalisme oppose l’Océanie telle qu’il la rêve à ce trop bel art nègre. Dans le même mouvement, il construit une autre histoire et une autre géographie de la création. Celles-ci donnent aux cultures amérindiennes, du Nouveau-Mexique à l’Alaska, à la préhistoire et aux peuples "barbares" anciens, la place qui leur était refusée. Cette contre-culture s’oppose au récit habituel qui veut que la Grèce soit le berceau de la civilisation. Le néo-classicisme s’imposant comme le style des totalitarismes soviétique et nazi, l’affrontement est donc idéologique et politique autant que culturel. Ainsi apparaît la notion de guerre, qui donne son sous-titre au présent volume. Quand Dada fait scandale par le grotesque et le rudimentaire, il se déclare l’adversaire des sociétés occidentales si développées, coupables des carnages de la Première Guerre mondiale. Le surréalisme, à sa suite, attaque l’ordre du monde occidental – rationnel, standardisé, obsédé par le progrès et le profit – et veut susciter ou ressusciter le temps de la poésie, de la magie et de la liberté naturelles.

Table of contents

Table of contents
Couverture 1
Du même auteur 2
Titre 5
Copyright 6
Introduction 7
1. Le « réalisme intellectuel » 11
1912, premiers signes 12
Définir l’art nègre : Apollinaire, Einstein, Markov, de Zayas 20
Art nègre et cubisme 32
L’autre réalisme : le « sur-réalisme » selon Apollinaire 52
Cubisme, primitivisme, sur-réalisme, sculpture 58
2. L’art nègre des colonies 67
Les prémices d’une mode 67
Le primitivisme international 74
L’art nègre des colonies 81
« Sang noir » 90
Beautés noires, beautés nues 102
Quelques écrivains français 113
L’Afrique disparue 122
3. Ouvrir le monde 133
L’Océanie contre l’Afrique 138
Le nouveau monde des surréalistes: l’Océanie 149
Le monde ouvert des sur-réalistes : les Amériques 160
4. Réécrire l’histoire 173
Fous 175
Préhistoires 181
« Les soi-disant Barbares » : une contre-histoire des arts 194
Une autre Grèce 203
5. Satires et sacrilèges 213
« Mon autre frère » 215
Le poème primitif 221
Dérision des beaux-arts 232
Défigurations : Klee, Picasso, Bataille 244
« Cette fuite mollasse de la substance » 254
Le primitif en 1937 259
6. Mythes et sacrifices 267
La mentalité primitive et le mythe 268
Contes, légendes, mythes 275
Fécondités : « la forme objectivée de notre désir » 283
Bestiaires 294
Le voyage vers le sacré : l’Afrique fantôme 303
Sacrifices : le taureau 314
Sacrifices : l’homme 327
Artaud, pour finir 337
Conclusion 343
La guerre : primitifs clandestins 343
La guerre : primitifs en exil 346
Histoires de primitivisme 348
Questions d’après-guerre 353
APPENDICES 359
Notes 361
Index 451
Table des matières 459
Présentation 461
Achevé de numériser 462