Frères migrants

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La poésie n'est au service de rien, rien n'est à son service. Elle ne donne pas d'ordre et elle n'en reçoit pas. Elle ne résiste pas, elle existe -- c'est ainsi qu'elle s'oppose, ou mieux : qu'elle s'appose et signale tout ce qui est contraire à la dignité, à la décence. À tout ce qui est contraire aux beautés relationnelles du vivant. Quand un inacceptable surgissait quelque part, Edouard Glissant m'appelait pour me dire : " On ne peut pas laisser passer cela ! " Il appuyait sur le " on ne peut pas ". C'était pour moi toujours étrange. Nous ne disposions d'aucun pouvoir. Nous n'étions reliés à aucune puissance. Nous n'avions que la ferveur de nos indignations. C'est pourtant sur cette fragilité, pour le moins tremblante, qu'il fondait son droit et son devoir d'intervention. Il se réclamait de cette instance où se tiennent les poètes et les beaux êtres humains. Je ne suis pas poète, mais, face à la situation faite aux migrants sur toutes les rives du monde, j'ai imaginé qu'Edouard Glissant m'avait appelé, comme m'ont appelé quelques amies très vigilantes. Cette déclaration ne saurait agir sur la barbarie des frontières et sur les crimes qui s'y commettent. Elle ne sert qu'à esquisser en nous la voie d'un autre imaginaire du monde. Ce n'est pas grand-chose. C'est juste une lueur destinée aux hygiènes de l'esprit. Peut-être, une de ces lucioles pour la moindre desquelles Pier Paolo Pasolini aurait donné sa vie. Patrick CHAMOISEAU

Table of contents

Table of contents
Frères migrants 1
Sommaire 11
La mort visible 21
La paix néo-libérale 25
La barbarie nouvelle 31
L’évidence et l’enjeu 37
Le don du glas 41
Là-bas est dans l’ici 45
La mondialité 49
Du fait relationnel à l’idée de Relation 69
La peur et la confiance 73
L’écosystème relationnel 85
L’altérité à vivre 97
L’errance qui oriente 101
Le droit aux poétiques 103
Esthétiser la voie 105
L’âme ouverte des frontières 109
Les camps d’un autre monde 113
Ceux qui lisent dans le monde 117
Déclaration des poètes 131