Ce neuvième volet - la série en comptera dix - nous fait entrer dans l'âme du Jeune Homme, suprématiste blanc qui décide d'attaquer une église noire et d'assassiner toute la congrégation qui y est réunie ce matin-là. Marie-Claire Blais ne fait pas de nous les témoins horrifiés et impuissants du drame, elle nous fait pénétrer dans la conscience même du Jeune Homme. Des chants pour Angel met aussi en relief la place de Daniel dans la fresque, cette figure de l'écrivain qui est le médiateur entre le monde et nous, celui à travers qui passe toute la conscience douloureuse de l'humanité. Reviennent également les personnages auxquels nous nous étions tant attachés dans les premiers volumes de la série : Mère, Mélanie et ses enfants, dont le petit Vincent, autrefois si fragile, est maintenant un adulte habité d'une force tranquille. Exceptionnelle réussite artistique, oeuvre engagée qui ne cesse de nous renvoyer au monde et au rôle que nous y jouons, la série Soifs est beaucoup plus qu'une expérience de lecture, c'est une expérience humaine, une des plus fortes qui soient.