La Distinction

Critique sociale du jugement

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Classeurs classés par leurs classements, les sujets sociaux se distinguent par les distinctions qu’ils opèrent — entre le savoureux et l’insipide, le beau et le laid, le chic et le chiqué, le distingué et le vulgaire — et où s’exprime ou se trahit leur position dans les classements objectifs. L’analyse des relations entre les systèmes de classement (le goût) et les conditions d’existence (la classe sociale) qu’ils retraduisent sous une forme transfigurée dans des choix objectivement systématiques (« la classe ») conduit ainsi à une critique sociale du jugement qui est inséparablement un tableau des classes sociales et des styles de vie.
On pourrait, à titre d’hygiène critique, commencer la lecture par le chapitre final, intitulé « Éléments pour une critique vulgaire des critiques pures », qui porte au jour les catégories sociales de perception et d’appréciation que Kant met en œuvre dans son analyse du jugement de goût. Mais l’essentiel est dans la recherche qui, au prix d’un énorme travail d’enquête empirique et de critique théorique, conduit à une reformulation de toutes les interrogations traditionnelles sur le beau, l’art, le goût, la culture.
L’art est un des lieux par excellence de la dénégation du monde social. La rupture, que suppose et accomplit le travail scientifique, avec tout ce que le discours a pour fonction ordinaire de célébrer, supposait que l’on ait recours, dans l’exposition des résultats, à un langage nouveau, juxtaposant la construction théorique et les faits qu’elle porte au jour, mêlant le graphique et la photographie, l’analyse conceptuelle et l’interview, le modèle et le document. Contre le discours ni vrai ni faux, ni vérifiable ni falsifiable, ni théorique ni empirique qui, comme Racine ne parlait pas de vaches mais de génisses, ne peut parler du Smig ou des maillots de corps de la classe ouvrière mais seulement du « mode de production » et du « prolétariat » ou des « rôles » et des « attitudes » de la « lower middle class », il ne suffit pas de démontrer ; il faut montrer, des objets et même des personnes, faire toucher du doigt — ce qui ne veut pas dire montrer du doigt, mettre à l’index — et tâcher ainsi de forcer le retour du refoulé en niant la dénégation sous toutes ses formes, dont la moindre n’est pas le radicalisme hyperbolique de certain discours révolutionnaire.

Cet ouvrage est paru en 1979.

Table des matières

Table des matières
Couverture 1
Titre 5
Copyright 6
introduction 7
première partie - critique sociale du jugement de goût 15
1. titres et quartiers de noblesse culturelle 17
deuxième partie - l’économie des pratiques 115
2. l’espace social et ses transformations 117
3. l’habitus et l’espace des styles de vie 197
4. la dynamique des champs 257
troisième partie - goûts de classe et styles de vie 297
Pour que la description... 298
5. le sens de la distinction 301
6. la bonne volonté culturelle 373
7. le choix du nécessaire 441
8. culture et politique 471
Conclusion. classes et classements 551
Des structures sociales incorporées 553
Une connaissance sans concept 556
Des attributions intéressées 562
La lutte des classements 567
Réalité de la représentation et représentation de la réalité 569
Post-scriptum. éléments pour une critique « vulgaire » des critiques « pures » 573
Le dégoût du « facile » 574
Le « goût de la réflexion » et le « goût des sens » 577
Un rapport social dénié 582
Parerga et paralipomena 586
Le plaisir de la lecture 591
Annexes 595
Annexe 1. quelques réflexions sur la méthode 595
Annexe 2. sources complémentaires 615
Annexe 3. les données statistiques. L’enquête 623
Annexe 4. un jeu de société 633
Index 649
Liste des tableaux 669
Liste des graphiques 671
Références photographiques 673
Table des matières 675
Du même auteur 679
« LE SENS COMMUN » 683
Justification 686

Compléments