D'un ton guerrier en philosophie

Habermas, Derrida & Co

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Autrefois, Kant s'était étonné dans un opuscule 'd'un ton grand seigneur adopté naguère en philosophie'. En 1983, Jacques Derrida s'en était inspiré pour publier D'un ton apocalyptique adopté naguère en philosophie. Nous étions alors à l'aube d'une guerre de quinze ans qui déchira l'Europe philosophique à la fin du siècle dernier. Il était question, à travers le brutal conflit qui opposait Jürgen Habermas et Jacques Derrida, de déconstruction et de reconstruction de la raison, de l'héritage de l'Aufklärung et même du destin de la philosophie, sur une ligne de front dessinée entre l'époque de Hegel et celle de Nietzsche, puis légèrement retouchée à celle de Husserl, Heidegger et Adorno.
Cela se passait entre Francfort et Paris, mais Derrida avait déjà été engagé dans d'autres guerres dessinant une géographie plus complexe. À Paris même, où Michel Foucault et Pierre Bourdieu l'avaient accusé d'être trop conventionnel et pas assez politique, ce qui remet sérieusement en cause la représentation d'une French theory censée être née au Quartier latin vers 1968 avant de s'exporter comme pensée tout uniment 'post-moderne'. Entre Paris et la Californie, où John R. Searle l'avait attaqué pour mécompréhension de la révolution dans la théorie du langage née à Oxford sous les auspices de John Austin, ce qui éclaire différemment les relations entre philosophies dites 'analytique' et 'continentale'. En Amérique enfin, entre divers départements de philosophie et de littérature, ce qui permet de découvrir, grâce à des médiateurs comme Richard Rorty, une réception de son œuvre plus contrastée qu'il n'y paraît.
Les belligérants se sont cependant réconciliés au point de devenir amis, en sorte que l'on peut méditer ces deux propos : 'Philosopher, c'est aussi douter du sens de la philosophie' (Habermas) ; 'Un philosophe est toujours quelqu'un pour qui la philosophie n'est pas donnée' (Derrida). À l'aune de telles convictions convergentes, il était peut-être inutile de faire un drame d'un désaccord. Mais c'est ainsi : une affaire exemplaire de guerre et de paix en philosophie offre une occasion de revenir sur son histoire, ses territoires et les manières de la pratiquer.

Table des matières

Table des matières
Couverture 1
Du même auteur 2
Titre 5
Copyright 6
Introduction 7
Chapitre premier - AU DÉBUT DE L'HISTOIRE : LA SCÈNE AMÉRICAINE 17
DERRIDA/AUSTIN : HEURS ET MALHEURS DU LANGAGE 21
SEARLE/DERRIDA : AU NOM DE LA THÉORIE 33
DERRIDA/DERRIDA : UN CERTAIN CLASSICISME 45
Chapitre II - DU SÉRIEUX EN PHILOSOPHIE 71
LES AMIS SÉRIEUX D'UN DERRIDA TRANSCENDANTAL 72
DERRIDA CONTRE LUI-MÊME : ÉLOGE DE L'IRONIE 79
AUSTIN/DERRIDA : LA FIN D'UN DRAME 91
Chapitre III - HABERMAS/DERRIDA : LA GUERRE CONTINENTALE 113
LE DISCOURS CRITIQUE DE LA MODERNITÉ 120
POUR EN FINIR AVEC LA MÉTAPHYSIQUE 141
MORT DE LA PHILOSOPHIE ? 159
Chapitre IV - NACH DEM KRIEG 187
L'IMPROMPTU DE FRANCFORT 194
DE LA PAIX EN PHILOSOPHIE 210
PHILOSOPHES À NEW YORK 232
Chapitre V - UNE CERTAINE AUFKLÄRUNG 257
PAR AMOUR DE LA PHILOSOPHIE 261
L'EUROPE PHILOSOPHIQUE AU MIROIR DE SA CRISE 280
DÉCONSTRUCTION/RECONSTRUCTION : LES INTÉRÊTS DE LA RAISON 297
Chapitre VI - SI VOUS ÊTES AMIS L'UN DE L'AUTRE 329
À QUOI SERT LA PHILOSOPHIE ? 338
COMME SI PEUT-ÊTRE : LUMIÈRES DE L'APORIE 350
POLITIQUE, COSMOPOLITIQUE ET AU-DELÀ : ENTRE AMIS DÉMOCRATES 399
Épilogue. L'AMÉRIQUE ET LE CONTINENT 431
PARIS/OXFORD : UNE CONFRONTATION MANQUÉE ? 433
L'AMÉRIQUE DIVISÉE : LES CONSÉQUENCES D'UNE TRANSGRESSION 439
FRANCFORT-PARIS : LE CONTINENT EN PARTAGE 452
APPENDICES 459
Notes 461
Index des noms et lieux 547
Index des notions 559
Table des matières 569
Dans la même collection 571
Achevé de numériser 580

Compléments