Robert Lévesque ne savait pas, lorsqu'il écoutait siffler les trains de son enfance, à quelles aventures cet appel le conduirait plus tard : appel du lointain, de l'étranger, aussi attirant qu'une patrie perdue ; mais appel, aussi, du monde grand ouvert devant lui, là, tout près, dans les livres qu'il lirait. L'univers ferroviaire – rails, locomotives, gares – sert de thème ou d'amorce à tous les textes de ce recueil, mi-essais mi-poèmes en prose, enlevés, frémissants, vifs comme le mouvement d'un rapide dans la nuit. C'est un univers inépuisable où se croisent des passagers inattendus qui ont pour noms Franz Kafka et Jack London, la Bolduc et Fats Waller, Arthur Buies et Oscar Wilde. Et non loin, un peu à l'écart, lové dans un coin du compartiment ou dissimulé derrière un pilier du quai, un compagnon discret observe leurs gestes, écoute leurs propos, et n'attend que de monter à bord avec eux, de partir, de vivre enfin !