Volume 42, numéro 2, 2006
  • Éditeur québécois

Les recherches récentes sur les relations entre la littérature et les arts, persistante question portée et reportée au fil des siècles, après s’être penchées sur la difficulté de parler d’une image, sur l’impossibilité d’une correspondance véritable entre le visible et le lisible, après avoir montré l’inadéquation du langage face à un certain indicible du visuel — ces autres de toute langue[1] — semblent s’être intéressées tout dernièrement aux manières de détourner ou de contourner ces différentes apories. En croisant souvent les termes dans leurs titres, comme c’est le cas pour Écrire l’image, Les images parlantes, Reading Images and Seeing Words[2], la plupart des collaborateurs de ces ouvrages proposent de faire de la disjonction même entre l’image et l’écriture l’accès inespéré à une réflexion renouvelée, par exemple grâce à une approche en miroir, où lire et voir sont permutés, employés l’un pour l’autre et saisis lorsqu’ils se présentent l’un par l’autre. Ces pratiques redisent néanmoins chaque fois la permanence du rêve de synesthésie, comme la difficulté peut-être inévitable du langage à négocier le passage entre l’oeil et la main, à traduire et à transposer le pictural sur le mode du scriptural et vice versa. D’ailleurs, on peut lire dans l’avant-propos de Détour par les autres arts qu’« il semble en effet par moments que le meilleur point de vue pour parler de certains arts soit celui qu’en offre un autre[3] ». En somme, les efforts de ces auteurs portent surtout sur un désir de théoriser les croisements afin de pallier le manque de modèle pour penser l’entre-deux dont il est toujours question. C’est ainsi que Béatrice Bloch, par exemple, parle d’un « troisième terme qui permettrait de relier les arts entre eux » et qu’elle appelle « un analyseur »[4]. Ce nouvel idiome qui émerge dès lors de la non-correspondance des sens, c’est pourtant encore le langage. Or si celui-ci peut bien faire figure de passeur, il ne manque jamais aussi d’obstruer quelque chose, perdant du coup ce qui se donnait à entendre ou à voir, ce que le dit ou l’écrit « non seulement […] ne peut pas dire, mais qu’il nous empêche de voir[5] ».