Volume 45, numéro 3, 2009
  • Éditeur québécois

En France comme au Québec, l’on pense souvent la littérature contemporaine sous le signe de la perte et de la fin, comme si les oeuvres d’aujourd’hui étaient le lieu d’un désenchantement dont les nombreux spectres et les ruines seraient les emblèmes. La littérature serait alors entamée par la crise de la culture analysée par Hannah Arendt[1] et hésiterait entre fragmentation et recyclage, à force de ne pouvoir rivaliser avec les oeuvres du passé. Richard Millet, dans un récent essai, a décrit cette littérature à l’agonie, inquiète de son prestige perdu et de son universalité contestée[2]. D’autres essayistes lui ont emboîté le pas, comme Dominique Maingueneau[3], William Marx[4] ou Tzvetan Todorov[5], pour dire que les lettres s’éprouveraient désormais en rupture avec le passé, sans tradition à défendre ni usages communautaires à fonder. Ces discours de la fin essaiment sous la forme de spectres et de revenants[6]. La littérature s’écrirait dans une « langue fantôme[7] », donnerait une voix à des personnages ventriloques, phagocytés par leurs ascendants, mais également habités par « la prémonition [des] deuil[s] à venir[8] ». Anathèmes légitimes ou dépréciation mélancolique, cela importe peu : ces discours inquiets dévoilent le lien problématique des écrivains d’aujourd’hui avec le passé, bien en peine de se faire les héritiers des siècles révolus