La Forêt

Son excursion en forêt à la découverte des primates de Godonbu s'avère être une expérience d'isolement extrême qui peu à peu le rend mutique.La Forêt narre les aventures de l'auteur en tant que jeune primatologue dans la forêt de Godonbu. Isolé et dans des conditions de vie précaires, il doit rapidement faire face à sa désillusion et la perte de son âme d’enfant. En chute libre dans la dépression et victime de dépaysement inverse, Arnaud cherche des clés pour s’en sortir à travers l’introspection et la redécouverte de soi.L'auteur nous livre son expérience exceptionnelle en Ouganda, où il a vécu un passage à l'âge adulte psychiquement bouleversant.EXTRAIT Je dois survivre à deux jours de plus en forêt avant d’avoir deux jours de pause au camp.Cela me paraît si long. Quand je dois y patienter, j’apprends à mettre mon cerveau en mode veille. Entre deux réflexions existentielles, je me défoule sur un tronc mort, faute de pouvoir m’exprimer par la parole. En le frappant du pied, il se désintègre en humus, je le rends à la terre. Cela me fascine. J’imagine cet arbre qui est passé d’une pousse de cinq centimètres de haut et un centimètre de large a un géant de plus de quarante mètres de haut et trois mètres de large. Pendant tout ce temps, ces décennies, il est resté debout malgré de nombreuses intempéries. Puis, il s’est fait vieux et n’a pas supporté un dernier coup de foudre. Dans un ultime fracas, le vieillard est tombé. Des insectes en tout genre se sont alors mis à dégrader son corps, jusqu’à ce qu’il retourne d’où il était venu, à la terre mère. J’imagine que vivre et mourir en tant qu’humain, c’est pareil, simplement sur un laps de temps bien plus court.Je frappe le tronc mort du pied pour ressentir ce cycle de la vie, pour toucher la forêt. Cela m’aide à exprimer mon ennui et ma solitude.Mes données sont inexistantes, je suis au point zéro, mais c’est le début du projet et on m’avait déjà raconté que certains chercheurs passent deux à trois mois à Waiso sans avoir collecté la moindre donnée, cela m’apparait comme une perte de temps précieux.Le lendemain arrive et j’ai enfin deux jours de repos au camp. Malheureusement, j’y suis tout seul. Les autres chercheurs sont en forêt et les staffs ougandais du camp sont trop méfiants et occupés pour venir me faire la conversation. Moi-même épuisé par mes jours de marche, je ne fais pas de gros efforts pour sociabiliser non plus. Je m’isole donc dans ma chambre.Je me rends alors compte que je n’ai pas emmené de films ni de séries télévisées avec moi pour me divertir. Heureusement j’ai un ou deux bouquins dans ma valise. Je me sens trop épuisé pour les lire mais je n’ai vraiment rien d’autre à faire et puis, il vaut mieux rester à l’intérieur, dehors il fait une chaleur à crever.Après cinq jours de quarantaine et quatre jours de forêt, je me sens bien lancé dans cette grande aventure primatologique. Mes premières impressions sont mitigées, d’un côté tout est rude : les conditions de vie, les gens, le travail, mais, de l’autre côté, ma patience est parfois récompensée par quelque moments de bonheur intense lorsque je me retrouve face à face avec un chimpanzé. Mes sentiments sont partagés.