Pornification

Elle est belle et la nudité ne la choque pas. Ses yeux bleus, ses cheveux blonds et ses mensurations de rêve font tourner les têtes.Née dans les ruines de Hambourg au lendemain de la guerre, Karin Schubert comprend vite que sa plastique lui ouvre les portes d’une autre carrière que celle de secrétaire.D’abord mannequin, puis actrice, elle gagne en quelques jours de quoi vivre plusieurs mois.Un court instant, il semble que la gloire soit à portée de main. Elle tourne avec les plus grands acteurs, de Richard Burton à Yves Montand, de Jean-Louis Trintignant à Michel Piccoli. Elle incarne même une inoubliable reine d’Espagne dans La Folie des grandeurs de Gérard Oury. Elle attend pourtant son grand rôle, qui tarde à venir.Mais on aime sa blondeur, on aime ses seins, on aime ses fesses, et le temps passant elle comprend qu’on n’aime que ça. Comme il faut bien vivre, elle accepte de se cantonner aux rôles dénudés. De plus en plus dénudés. De plus en plus explicites. De l’érotisme chic, elle sombre dans le porno cheap. C’est la pornification.Pornification est le roman d’une vie en chute libre, un roman réaliste autant qu’imaginaire de cette figure singulière du septième art. C’est surtout le roman d’une époque qui a fait du corps une marchandise comme une autre, une époque aussi libérée que flamboyante qui a consumé plus d’un astre.EXTRAITInternet est une arrière-boutique où l’on montre des saloperies sous le manteau. Il exhibe ainsi les mensurations de Karin Schubert comme on donnerait le poids et la race d’une vache ou d’un bœuf à un comice agricole. Date et lieu de naissance : Hambourg, Allemagne, le 26 novembre 1944. Nationalité : allemande. Couleur de cheveux – c’est important dans ce métier la couleur de cheveux : blonde, vraiment blonde, exceptionnellement blonde, blonde comme les blés, l’innocence, blonde comme l’enfance, blonde comme un fantasme – hélas. Taille : 170 cm. Poids… Au temps de sa splendeur, on le sait : 60 kg. Et enfin ses mensurations, l’essentiel, la mesure de son corps et de son âme, ce à quoi elle fut réduite : 94-63-91. Nul avis n’est jamais donné sur son esprit, son âme, son intelligence et ses aspirations. Les hommes, les consommateurs de chairs distordues s’en moquent. Ils préférèrent ses fesses… Orientations sexuelles ? Hétéro et lesbienne, dit la notice. C’est de l’arithmétique : hétéro + lesbienne = bi, non ? Fut-elle bi par nature ou bien par profession ?CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE- « Sous la forme d’un roman, il raconte le parcours, la gloire puis la déchéance de Karin Schubert dans le siècle qui invente avec la contre-culture et la libération sexuelle post-mai 68, le cinéma érotique populaire post Emmanuelle » - Hypathie.blogspot.fr- « Ce livre vient à point, au moment, où, le sexe et l’alcool enrobent la jeunesse dans des illusions décuplées par une société économiquement menaçante. » - Blog des ArtsÀ PROPOS DE L'AUTEURJean-Luc Marret est un écrivain et chercheur français. Il compose ici un portrait lumineux, grandiose et tragique à la fois d’une époque où le monde du cinéma, de la mode, des magazines et de la nuit s’est transformé irrémédiablement. Pornification est son deuxième roman.