Le Muscle du silence

Le Paris des années 1990 est le décor d’un amour improbable entre un psychiatre et sa jeune patiente.​​Pour lui, septuagénaire, survivant des camps nazis, le souvenir semble la clé de la joie de vivre. Pour elle, élevée derrière le rideau de fer, le corps est un obstacle dont il a fallu apprivoiser les limites.​Cet amour passion, amour transgression, dérangeant et fascinant, cocasse parfois, jaillit comme une nécessité des débris des mémoires totalitaires. Il se développe dans la fugacité d’un présent hanté par le passé mais sans véritable avenir. Car la maladie fait son apparition, telle une tierce personne qui s’infiltre dans la relation. Les deux amants pourront-ils s’aimer dans, plutôt que contre elle ?​Le roman, telle une recherche sur Internet, s’organise autour de mots clefs comme la « peur », le « désir » ou le « pouvoir ». Chacun de ces mots se fait l’écho d’une expérience intime de la vie des protagonistes, bouleversée par les totalitarismes, et qui se trouve revisitée par la parole, par le désir ou le souvenir dans le Paris indolent de la fin du XXe siècle.Plutôt que de traiter de la vie sous les totalitarismes, nazisme ou communisme, le roman de Rouja Lazarova traite de la vie d’après. Il pose la question de la survie, des séquelles ou des déficits de la mémoire. Dans une langue sobre, précise, délicate, souvent empreinte d’humour, Le Muscle du Silence nous donne à voir des personnages qui, malgré un passé tumultueux et des luttes intérieures douloureuses, se délivrent des chaînes qui les entravent.EXTRAIT— Je hais les psychiatres.C’est ainsi que tout commença. Pourquoi étais-je assise là, face à ce vieux qui m’exhibait son sourire ? À cause de la presse. Je m’étais laissé influencer par un article, j’avais oublié ma langue maternelle dans laquelle « journal » signifiait « organe de propagande ». Je m’en voulais.— Je comprends, ils sont stupides et prétentieux, acquiesça-t-il énergiquement avant de soulever les sourcils.Il disait cela pour gagner ma sympathie et me déplut encore davantage. Je croisai les jambes deux fois, me coinçant le pied contre la cheville, et m’accoudai à gauche. Une fenêtre perçait le mur sur toute sa hauteur, son cadre avait jauni. Dehors, une rue partait en biais et remontait en courbe légère vers une ouverture : mon regard s’y égara. Les branches nues d’un arbre luisaient dans la lumière froide, comme tracées par le pinceau d’un maître flamand. Je me sentais bien, je ne pensais plus au psychiatre.CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE- « L’histoire d’amour d’un psychiatre et sa patiente, d’une jeunette et d’un vieil homme, mais surtout deux vies échouées sur la même rive. L’écriture est solide et charnelle, sans concession à la douleur, elle embarque. » - Pleine Vie- « Acclamée et sélectionnée par plusieurs prix pour Mausolée, Rouja Lazarova poursuit son œuvre sur les conséquences intimes des totalitarismes dans un livre violent et fort. Magiquement bien écrit, Le Muscle du silence semble n’être fait que d’essentiel : le désir, la mort et entre les deux, l’identité. » - Yaël Hirsch, Toutelaculture.comÀ PROPOS DE L'AUTEURDans son œuvre, Rouja Lazarova explore de façon obsessionnelle les hantises suscitées par les totalitarismes du XXe siècle : la peur, la violence réelle ou symbolique, la manipulation. Mais c’est aussi un écrivain de l’intime, qui scrute le corps, interroge le désir. Son écriture vive et imagée et son style sobre imprégné d’une douce ironie en font l’une des voix les plus singulières et douées parmi les écrivains européens du début du XXIe siècle.