Le Géant

Y-a-t-il une vie possible au sein de la grande distribution ?Ville-Nouvelle, petite commune de la banlieue parisienne. Ses grandes cités dortoirs, ses adultères discrets, ses bandes de jeunes plus ou moins violents… Et son Géant. Un hypermarché gigantesque, planté au cœur de la ville offrant à une population frustrée un étalage de marchandises chaque jour plus attirantes. Montescourt, son directeur, a tout sacrifié pour son magasin. Il n’a pas de vie de famille, peu de plaisirs, une unique obsession : le Géant. Un jour, fatalement, tout cela finira par exploser. Et ce jour-là, contre toute attente, c’est Montescourt lui-même qui mettra le feu aux poudres.Dans ce polar sociologique, Michel Lebrun dissèque la misère sentimentale et existentielle des petites villes que l’arrivée d’une grande surface transforme en poudrière. Une chronique cinglante des frustrations contemporaines.EXTRAITÀ tout hasard, le père Spada appuie sur la béquille de la porte, pousse légèrement. Le battant résiste, tant pis, on va sonner. On s’annonce.Dans la maison retentit un timbre à deux tons, mais rien ne bouge. Forcément, ça ronfle encore là-dedans, conscience tranquille et tout. Cette fois, c’est Quasi qui appuie sur le bouton, l’autre ayant frileusement remisé la main dans sa poche. Il laisse son doigt sur le carré de cuivre, le timbre répète plusieurs fois de suite sa musiquette, ding-dong, ding-dong.Un bruit, dans l’escalier, accompagné d’un sourd grommellement de type mal réveillé et mécontent. Puis, tout contre la porte, une question rauque :— Qu’est-ce que c’est ?À PROPOS DE L'AUTEURDe son vrai nom Michel Cade, Michel Lebrun naît en 1930 à Paris.Sa vie est liée à celle de la littérature policière dont il sera l’ardent défenseur, critique et théoricien au point d’être qualifié de “Pape du polar”. Son érudition, dans ce domaine, l’amènera de 1980 à 1988 à publier l’Almanach du Polar qui répertorie, pour ces années, trop brèves, la totalité des publications du genre. Il sera également entre 1979 et 2001 membre du Comité de rédaction puis rédacteur en chef du magazine Polar. Cette activité, comme celle de traducteur qui sera couronnée par le Trophée 813 de la meilleur traduction en 1966, lui laissera le “loisir” d’être un romancier prolifique laissant une œuvre d’une centaine d’ouvrages. Il abordera tous les genres : énigme, roman noir et suspens.L’écrivain de romans policiers sera récompensé par deux grands prix : en 1956 le Grand Prix de la Littérature policière pour Plein feux sur Sylvie ; en 1987 le Grand Prix Paul Féval de Littérature policière pour son œuvre (prix de la société des Gens de Lettres).Enfin, il sera scénariste, adaptateur et dialoguiste de nombreux films. Il quittera la scène en 1996, laissant son nom au Grand Prix de roman policier francophone dit Prix Michel Lebrun.