Extrême. Esthétiques de la limite dépassée

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Extrême. Esthétiques de la limite dépassée

Notre époque est émotionnelle : elle aime les sensations fortes, les défis délirants, la violence. Ces excès en tous genres, elle se les représente volontiers sous une forme extrême, où l'accent est mis sur ce qui chavire nos sens : l'intensité, la démesure, le moralement inadmissible, l'horreur. Un élan destructeur au point de rendre légitime, en termes spectaculaires, une "esthétique de la limite dépassée". L'objet de ce livre est double. D'une part, documenter par le menu les formes d'expression contemporaines fortes de ce désir de dépassement esthétique : spectacles superlatifs, performances artistiques engageant la souffrance, documents d'actualité insoutenables, images de la pornographie dure, cinéma violent, mises en scène de la scatophilie, idolâtrie de la mort et du cadavre. D'autre part, analyser le glissement vers l'esthétique extrême que consacre, plus qu'aucune autre, la société occidentale. Magnétique et médiatique, la représentation de l'extrême y constitue désormais une véritable culture, un nouveau référent, un but. Fourmillant d'exemples, cet essai s'attache enfin à apporter une réponse à ce questionnement cardinal : quel avenir, en Occident, pour le spectacle du pire ? Car à l'esthétique extrême il y a, en bout de course, une conséquence dramatique : l'épuisement du désir de voir. Que faire dès lors pour revivifier ce désir sinon, à plus ou moins court terme, devoir extrêmiser l'extrême lui-même et ses représentations ?

Table des matières

Table des matières
PROLOGUE 10
1 EXTRÉMISER LA CULTURE 16
Super, extérieur 17
Une époque émotionnelle 19
Logique du record 23
Mouvement dans la civilisation 27
La libération, en principe 31
L’extrême par procuration 34
Une culture du compromis vital 38
2 JOUIR DE L’IMAGE EXTRÊME 40
Le regard mis face à son extérieur 41
Relativités 43
La surenchère (des images plus) 46
Une violence signalée 48
Le jouir traumatique 53
Menace mais catharsis 56
Un spectacle de convenance 59
3 SPECTACLES SUPERLATIFS 62
Gonfler les formes (le « superlativisme ») 63
Déclinaison et accommodement 68
Séduire le corps 72
Un art de pimenteurs 75
De la « culture sensass’ » 80
De la stratégie de l’« enchantement » à l’exploitation de « la-mort-possible » 87
L’absolue dépense : le dragster 92
4 UN PAYSAGE DE DÉGRADATIONS 94
Où comparaison est raison 95
Des émotions démonisées 99
Salir la représentation 104
Rhétoriques de l’outrage 107
Quand tous les coups sont permis 113
Vraie dégradation et ersatz 121
Une culture de l’irrévérence calculée 124
Benetton et les assassins 130
Rentabiliser le dégoût 134
5 L’APOTHÉOSE DES BRUTES 140
Esthétisations de la brutalité 141
L’excellence cinématographique 146
La fin de l’ambiguïté : gloire du Grand Guignol 153
Un championnat d’atrocités (film catastrophe et gore) 159
Une mécanique visuelle, émotionnelle et psychique 164
De la brutalité consolante 167
Rock, bruit massif et violence d’apparat 172
L’acte vandale 178
L’artiste en brute, épaisse ou fine 181
L’arme au poing 186
Tireurs d’élite 189
Créer avec un matériel de mort 194
6 FOUDROYER LES CORPS D’AMOUR 198
Pornographier le visible 199
Juste l’essentiel 203
Des images pauvres 209
Rendre solidaires 214
Occuper toute la grille (socialiser) 218
Couvrir, remplir Vénus 223
Autres extrémités 227
Jusqu’à l’absurde 231
Le gonzo et la clôture 235
7 EXTASES FÉCALES 240
Une fin de l’histoire 241
Éros trop vu 244
Bas les culs 247
La merde, autrement moins consensuelle 251
La souillure bénéfique 255
Jouir des excreta 259
Pour un pipi-caca artistique 264
L’excrément comme expérience et comme indicateur 270
8 PAS À PAS VERS LE DOCUMENT D’HORREUR 276
Techniques fines et moins fines 277
Le récit : la crise définitive du verbe ? 284
Impuissances de la peinture « dure » 288
Ne plus balbutier l’horrible dans l’image 295
Jusqu’au coeur de l’horrible (enregistrer tant et plus) 301
La résistance du réel 306
Un cas de figure surpuissant : la tragédie du WTC 312
Relire l’image d’actualité brutale : l’apport de l’art 317
Recréer le document ultraviolent : l’hypothèse snuff 324
Le salut par la retouche – « déshabiter » le réel 332
9 VOIR LA MORT 336
« À t’emporter la vie » 337
L’image qui tue 342
La quête du point « M » 346
L’ « homme qui meurt » comme genre 352
Points de vue opportuns sur la mort 357
Se représenter, moderne, la mort 362
Dans l’orbite de la déreprésentation rentable 368
L’esthétique Choc 375
Des tabous malgré tout 379
« Morbidité-spectacle » et interdit 386
10 LE CADAVRE IDOLÂTRÉ 390
Trouble attraction du corps mort 391
Le cadavre, un objet de passion esthétique 395
Les morts avec nous (Zombie mon amour) 400
Art et cadavérophilie 407
Moi artiste, pseudo-cadavre 411
Nécrophilie, crime, mise en forme 415
Macabres trophées (Sculpter la viande morte) 420
Von Hagens et la dépouille majeure 423
Épilogue EXTRÉMISER L’EXTRÊME : UN DESTIN 430
Quelle crise culturelle ? 431
L’extrême, c’est maintenant 433
Et puis quoi ? 436
REMERCIEMENTS 438
BIBLIOGRAPHIE 440
TABLE DES CRÉDITS DES ILLUSTRATIONS 448
INDEX DES NOMS PROPRES 452