Camarade Mallarmé. Une politique de la lecture

Camarade Mallarmé. Une politique de la lecture

Mallarmé a connu des vies posthumes que ne suffisent à conjurer ni le recours aux registres de l'état civil ni le retour au corpus de ses textes. À l'âge de l'existentialisme, les critiques littéraires inscriront la négativité de sa poésie dans les aventures de la dialectique. Aux grandes heures du structuralisme, les avant-gardes le croiront capable de réconcilier Marx et Saussure. Quand tomberont les statues de Lénine, les philosophes liront dans ses vers la mémoire d'un siècle de révolutions. Voici Mallarmé tel qu'en lui-même le XXe siècle le change.
Cette tradition interprétative, qui prend à revers la question de l'engagement littéraire, nous invite à reconnaître l'inventivité polémique des gestes de lecture et d'interprétation. Car ce n'est pas les intentions de l'écrivain qui produisent la signification politique des textes, mais les stratégies herméneutiques des lecteurs. La politique de la lecture qui a inventé la figure du camarade Mallarmé est un art du contretemps, toujours à la limite de l'anachronisme, qui rend perceptible, dans la littérature d'autrefois, une force d'opposition et de rupture toujours actuelle. Le destin politique de Mallarmé illustre les tours et détours d'une lecture engagée.

Table des matières

Table des matières
Couverture 1
Du même auteur 4
Titre 5
Copyright 6
Exergue 7
AVANT-PROPOS. TOUTE RÉVOLUTION EST UN COUP DE DÉS 9
PREMIER CHAPITRE. L’INVENTION D’UNE POLITIQUE DE LA LECTURE 19
« Mallarmé, professeur de morale » : allégorie et philologie 19
Lire en de sombres temps : Martin Heidegger et Walter Benjamin 27
Mallarmé entre deux guerres : la NRF, les surréalistes, les communistes 36
De la poésie pure à la politique de l’esprit : Paul Valéry 44
Mallarmé en l’an quarante : Henri Mondor et Maurice Blanchot 53
DEUXIÈME CHAPITRE. LE TERRORISTE DE LA DIALECTIQUE 64
« La Guerre a eu lieu » : révolution et terreur 64
L’épuration des purs littérateurs : Jean-Paul Sartre 69
La littérature à l’épreuve du maître absolu : Maurice Blanchot 77
La liberté d’une tête coupée : Maurice Blanchot 86
Le terrorisme de la politesse : Jean-Paul Sartre 94
Comme Moïse au seuil de la Terre promise : Roland Barthes 101
TROISIÈME CHAPITRE. LA VIEILLE TAUPE DU TEXTE 107
« Mallarmé is a machine gun » : Saussure contre Sartre 107
Une révolution en réserve : Philippe Sollers et la revue Tel Quel 114
La mimèsis entre deux coups de dés : Jacques Derrida 121
Quand énoncer signifie produire : Jean-Pierre Faye et la revue Change 129
Tigre de papier, mais beaucoup de papier : Julia Kristeva 139
L’escouade du labeur gît au rendez-vous mais vaincue 148
QUATRIÈME CHAPITRE. LE CYGNE DES FINS DE SIÈCLE 148
La révolte est le ptyx de l’État : Alain Badiou 154
La déconstruction du national-esthétisme : Philippe Lacoue-Labarthe 164
Le leurre du grand naufrage glorieux : Jacques Rancière 171
Le tombeau du camarade Mallarmé : Jean-Claude Milner 181
CONCLUSION. LIRE POUR SON ÉPOQUE 191
Table des matières 204
Justification 206